Dans la région des Cèdres (Al Arz), au-dessus de Bcharré, au Liban, pousse une fleur rare et spectaculaire : l’iris cedreti Dinsmore ex Chaudhary. Elle appartient à la section Oncocyclus, ces « iris royaux » que botanistes et voyageurs décrivent depuis l’Antiquité, avec des mentions retrouvées dans des textes égyptiens et perses anciens. Le nom Oncocyclus, du grec « masse » et « cercle », renvoie à la tache sombre et circulaire qui orne le cœur de chaque fleur.
Ce qui distingue l’iris cedreti des iris que l’on connaît dans les jardins européens ou nord-américains — iris des jardins à rhizome traçant, iris de Hollande à bulbe, iris de Sibérie — tient d’abord à son extrême rareté géographique. Là où ces variétés cultivées poussent sur tous les continents, l’iris cedreti n’existe à l’état sauvage que sur un flanc de montagne du Mont-Liban, entre 1200 et 2000 mètres d’altitude, sur des pentes rocailleuses et bien drainées exposées au soleil. Cet endémisme strict, partagé avec seulement trois autres iris propres au Liban (I. sofarana subsp. sofarana, I. sofarana subsp. kasruwana et I. westii), en fait l’une des plantes les plus menacées du pays : elle figure sur la liste rouge de l’UICN parmi les espèces en danger critique d’extinction, et seule la moitié des populations d’iris Oncocyclus libanais recensées historiquement subsisterait aujourd’hui.
Sa fleur se distingue tout autant : une seule et unique corolle par tige, très large, au fond presque blanc entièrement recouvert d’un semis dense de points et de fines veines pourpre sombre, maroon ou presque noir — un motif que l’on ne trouve pas chez les iris de jardin, aux couleurs plus unies et aux tiges souvent ramifiées portant plusieurs fleurs. Enfin, sa biologie diffère : issu d’un rhizome court et compact, et non d’un bulbe, il entre en dormance totale durant l’été sec méditerranéen avant de refleurir en mai. C’est cette fragilité qui rend chaque transplantation délicate, un défi relevé chaque année par le docteur Youssef Tawk pour soustraire les plants au projet touristique Cedrar, qui menace aujourd’hui plus de la moitié de leur habitat naturel.
Tarek Charara
Texte et images © Tarek Charara/Kaleidos images.
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