La mer de plastique de Jamestown

À quelques mètres des quais étincelants du nouveau port de pêche de Jamestown – inauguré en grande pompe le 13 septembre 2024 par le président Akufo-Addo, avec 50 millions USD d’aide chinoise – la plage est ensevelie sous un tapis dense de déchets plastiques. Des hommes halent leurs barques motorisées à travers des eaux saturées de bouteilles, sachets et emballages. Les pirogues aux noms religieux peints en couleurs vives reposent sur un rivage méconnaissable.
Ce contraste brutal est le cœur de ce reportage. Le lagon Korle, l’un des cours d’eau les plus pollués d’Afrique de l’Ouest, se jette dans la mer à la lisière de Jamestown, déversant quotidiennement les déchets urbains d’Accra sur un littoral où la communauté Ga Mashie pêche depuis le XVIIe siècle. Le résultat est une double pollution : celle du rivage, qui rend le travail des pêcheurs plus dangereux et épuisant, et celle de la mer, qui dégrade les habitats marins et accentue le déclin des prises.
Car les prises ont diminué. Les mareyeuses qui attendent à l’aube sur le nouveau quai béton repartent souvent avec des bassins maigrement remplis. Les halls du marché aux poissons, conçus pour accueillir 200 vendeurs par jour, restent largement déserts. La modernisation de l’infrastructure portuaire, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut à elle seule compenser une crise environnementale systémique.
Jamestown est aussi une leçon d’histoire. Ce quartier né au pied d’un fort esclavagiste, dont les eaux ont vu partir des générations d’hommes et de femmes vers les Amériques, affronte aujourd’hui une autre forme de dépossession : celle de son milieu naturel. Les images de ce reportage documentent un quotidien d’une communauté résiliante prise en étau entre un passé colonial, une modernisation sino-ghanéenne et une catastrophe environnementale silencieuse.

Tarek Charara

 

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